Après avoir soupé de Rabaska pendant presque quatre ans, nous n'en entendons maintenant plus parler. Et aucun signe de port méthanier à l'horizon. Pourtant, le projet à l'aval du gouvernement depuis le 25 octobre 2007. Où sont les promoteurs, et les opposants ?
« Nous sommes là, affirme André L'Écuyer, président et porte-parole de Rabaska, seulement, la conjoncture actuelle n'est pas propice à l'établissement d'un port méthanier ». De fait, le prix du gaz naturel a beaucoup diminué depuis 2008. Les 12$ US les 1000 pieds cubes oscillent maintenant autour de quatre ou cinq dollars. L'entente de principe intervenue avec les Russes en mai 2008, selon laquelle ils devenaient des partenaires dans l'entente et les fournisseurs officiels de gaz pour le consortium Rabaska, mené par Gaz Métro, Gaz de France et Enbridge, n'a pas survécu à cette baisse drastique aux causes multiples. Gasprom a rompu les négociations au début de 2009.
« L'avènement du gaz de schiste y est évidemment pour quelque chose. L'offre a augmenté alors que la demande industrielle diminuait », explique M. L'Écuyer. La production américaine d'hydrocarbures, notamment, a augmenté considérablement en raison des nouvelles technologies de forage. Le forage horizontal et la fracturation de la roche n'existaient pas il y a dix ans. Ils permettent d'extraire des ressources soupçonnées qui n'étaient pas accessibles.
Le projet verra-t-il le jour ?
M. L'Écuyer soutient néanmoins que le projet se réalisera un jour. Trois personnes travaillent toujours pour le promoteur dans les bureaux de Lévis et ce dernier a dépensé 8 M$ en 2010 pour compléter l'achat des terrains nécessaires à la construction du terminal. Le projet qui devait coûter 840 M$ en 2005 sera toutefois plus coûteux au moment de sa réalisation.
Pour Yves Saint-Laurent, ancien porte-parole de la coalition Rabat-Joie, intégrée au collectif national Stop au méthanier, le projet n'a pas lieu d'être depuis le début: « Le Canada est le 3e plus grand producteur de gaz au monde. Le prix du gaz a toujours été moins cher ici qu'en Europe. Pourquoi importer du gaz plus cher d'ailleurs ? En 2005, le président de Rabaska, Glenn Kelly, plaidait que nous allions manquer de gaz, moi je crois que le consortium voulait surtout passer par-dessus Transcanada Pipelines, leur compétiteur, leur étude ne tenait même pas compte des gisements non conventionnels ». Du côté de Rabaska, le discours demeure inchangé. « Le Québec est essentiellement approvisionné par l'Alberta où les réserves conventionnelles sont en déclin. La production mondiale augmente en raison des nouvelles méthodes de forage, mais les impacts environnementaux ne sont pas encore bien mesurés. Il se pourrait que les contraintes nécessaires à la protection de l'environnement fassent augmenter le prix du gaz, nous attendons la conjoncture idéale », poursuit le président.
« Dans l'éventualité où le projet se réaliserait dans 15 ou 20 ans, le processus du Bape serait probablement à refaire en fonction des nouvelles réalités environnementales», soutient Jacques Levasseur, président de l'Association pour la protection de l'environnement de Lévis et porte-parole du collectif national Stop au méthanier. Ce dernier maintient également que les familles concernées par la construction du port méthanier ont le sentiment que la menace n'est plus réelle, bien qu'une épée de Damoclès leur pende toujours au-dessus de la tête.

Protecteur du citoyen contre le ministre de l'Environnement
L'épée a failli disparaître le 20 avril 2011, lorsque le Protecteur du citoyen a statué que le décret d'autorisation de Rabaska avait une portée trop étendue dans le temps, bien que le processus ait été respecté et qu'il ne présente aucune irrégularité. Du coup, il demandait au gouvernement du Québec de fixer une échéance à cette autorisation accordée à Rabaska en 2007 en proposant un terme de 5 ans. « C’est ce que nous espérions, explique M. Levasseur, il s’agissait du motif principal de la plainte que nous avions déposée puisque l’intention de Rabaska de patienter encore 15 ou 25 ans, le temps nécessaire au rétablissement éventuel des conditions économiques favorables à son projet, nous paraissait tout simplement inhumaine pour les 125 familles du secteur visé».
Cependant, Pierre Arcand, le ministre de l'Environnement a refusé de réviser la décision de façon rétroactive. Il a déclaré que les recommandations du Protecteur du citoyen seraient étudiées attentivement pour les projets à venir, mais que Rabaska ne ferait pas l'objet d'une réévaluation.
N'ayant rien perdu de sa verve, M. Saint-Laurent considère que le gaz naturel est une énergie du 20e siècle et que les efforts devraient plutôt être concentrés pour développer les nouvelles énergies que sont l'éolien et la géothermie, par exemple.
À la municipalité de Beaumont et à la Ville de Lévis, c'est le statu quo. La balle est dans le camp du promoteur qui respecte scrupuleusement ses engagements avec Lévis. « Les conditions sont enchâssées dans les ententes signées les 6 juillet et 16 octobre 2006, rien n'a été modifié depuis », souligne Christian Brière, directeur des communications à la Ville de Lévis. La première entente traite des mesures financières ( Rabaska paie actuellement 37 500 $ par trimestre à la Ville, et devra, si le port méthanier est exploité un jour, verser des redevances d'au moins 7 M$ ) et la seconde parle de compensations, d'atténuations et de plan d'urgence. Il est aussi question de consolider l'économie locale, de favoriser l'expansion des entreprises lévisiennes et d'ouvrir la voie à l'implantation de nouvelles activités économiques. À l'époque, la Société de développement économique de Lévis (CLD) estimait à près de 444 M$ les retombées directes découlant de la phase de construction.