Les frères Mario, Roger et Sylvain BergeronLes frères Mario, Roger et Sylvain Bergeron ont le fromage dans le sang. Fiers de l’héritage de leur grand-père et de leur père, qui ont chacun possédé leur fromagerie, les frères Bergeron ont décidé de marcher dans la voie toute tracée que père et grand-père leur ont laissée. La Fromagerie Bergeron de Saint-Antoine-de-Tilly a été fondée à la fin des années 1980 et c’est non sans efforts que les frères ont réussi à monter une entreprise qui fait maintenant la fierté de toute une région. Informe Affaires s’est entretenu avec l’un des frères Bergeron, Sylvain, qui a relaté toutes les étapes qu’ils ont dû franchir avant de connaître le succès.

D’abord M. Bergeron, vous et vos frères êtes la troisième génération de Bergeron qui se lance dans l’industrie fromagère… Parlez-nous un peu des origines de cette passion qui remonte à votre grand-père.

C’est un peu un hasard si mon grand-père en est arrivé à la production fromagère. La communauté de Saint-Bruno au Lac Saint-Jean n’avait pas d’endroit pour écouler son lait et comme mon grand-père n’était pas agriculteur, les gens lui ont proposé de devenir producteur de fromage et il a accepté.

Mon père et mes oncles ont tous travaillé pour mon grand-père. En 1948, mon père est allé étudier à Saint-Hyacinthe, à l’Institut des Technologies Agroalimentaires (ITA) pour devenir fromager. Une fois son diplôme en poche, il voulait acheter une fromagerie, il en a trouvé une à Saint-Antoine-de-Tilly et l’a opérée jusqu’en 1978, année où Agrinove a décidé de ne plus l’approvisionner en lait. C’est à ce moment qu’il a alors décidé de vendre.

Qu’est-ce qui vous a motivé, vous et vos frères, à vous lancer dans l’aventure ?

Mon père a toujours continué à fabriquer du fromage et avait acheté l’équipement nécessaire pour en faire la fabrication à la maison et nous a enseigné le métier. C’est en 1982 que Mario a décidé d’aller suivre son cours à Saint-Hyacinthe et c’est là que l’idée de fonder une fromagerie a germé dans nos têtes. Nous avons débuté nos démarches en 1985 avec la Régie des marchés agricoles et il a fallu attendre jusqu’en 1987, après trois ou quatre tentatives, avant d’obtenir notre permis de gouda. À l’époque, 75% de la demande canadienne était comblée par l’exportation.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

La construction a débuté en 1988 et la mise en opération s’est faite l’année suivante. Au départ, nous croyions que ça allait être facile en raison du succès que notre père avait connu dans le passé. Nous pensions simplement qu’en offrant le produit, le consommateur l’achèterait mais cela ne s’est passé exactement comme prévu. Les premières années ont été très difficiles et ce qui nous a joué un tour, c’était le prix de vente, car le cheddar se vendait, à l’époque, à peu près 7$ le kilo et le gouda, 18$ le kilo. L’approche était différente même si nous avions un bon produit, il nous fallait trouver une façon d’augmenter nos ventes. C’est alors que notre père a eu l’idée de s’inspirer de son expérience dans le cheddar et les fromages frais du jour pour créer le Gouda et le Brin de Gouda nous permettant ainsi de nous  positionner sur le marché du fromage à volume.

Par ailleurs, il aura fallu travailler en collaboration avec des partenaires jusqu’en 1998, car on a dû trouver du capital financier et des ressources supplémentaires pour nous appuyer dans notre démarche d’implantation. Ce qui a été déterminant dans le développement de notre entreprise. En 1998, des acheteurs des compagnies comme Costco et Provigo ont décidé de nous faire confiance et c’est là qu’on a pu reprendre le contrôle de l’entreprise. C’est aussi à cette époque que nous avons développé de nouveaux produits comme le Fin Renard et le Lotbinière.

Vous avez fait breveté la recette de votre fameux Brin de Gouda, pourquoi ?

Parce qu’on croyait à son potentiel et ça nous permettait aussi d’avoir un produit totalement différent des cheddars frais du jour et, par la même occasion, ça nous permettait d’en protéger leurs caractéristiques et ainsi, on s’assurait que personne ne s’accapare la recette.

Quels sont les nouveaux marchés que vous visez et les projets de développement que vous avez pour votre entreprise ?

En ce moment, nous mettons l’emphase sur l’Ontario. D’ailleurs, nous avons une personne sur place qui rencontrera les distributeurs, ce qui nous aidera à implanter un réseau en Ontario et dans l’ouest Canadien. Nous estimons qu’il nous faudra une bonne dizaine d’années pour être en mesure de bien s’implanter dans ce marché.

L’an dernier, nous avons aussi signé une entente avec la multinationale française Bel pour produire son fromage, La Vache qui rit. Nous sommes devenus leur sous-contractant et avons dû revoir notre façon de faire. Nous avons donc rapatrié la production que nous avions à notre usine de Saint-Nicolas à Saint-Antoine-de-Tilly. D’ailleurs, c’est pour cette raison que nous avons agrandi l’usine de Saint-Antoine-de-Tilly, en 2007.

Nous voulons aussi automatiser les opérations de fabrication, pour être en mesure de mieux contrôler la qualité du fromage. Il y a certains paramètres qui ne nous donnent pas de latitude et demandent beaucoup de précision et notre seule façon de l’obtenir était l’automatisation. D’un autre côté, nous nous assurerons la stabilité de la main-d’œuvre et l’amélioration de sa productivité.

Comment arrivez-vous aussi à gérer la compétition ?

Nous avons choisi notre niche. Dans le marché des fromages, il y a celui des fromages de masse ou de grands volumes et il y a le marché spécialisé où c’est la qualité qui prime d’abord et avant tout. C’est le créneau que nous avons choisi et où les grands producteurs ne vont pas, ce qui nous a permis de nous distinguer.

Actuellement, l’industrie alimentaire traverse une crise. Les céréales sont de plus en plus prisées et pas seulement pour l’alimentation.

Comment anticipez-vous l’avenir à ce chapitre ?

Actuellement, les producteurs laitiers n’ont pas encore augmenté leurs prix. Cependant, ils préparent actuellement une demande d’augmentation qui prendrait effet d’ici la fin de l’année ou au début de l’an prochain. Nous ne serons pas capables de la supporter au-delà de 1%. Il faut garder en tête que le lait représente 60% des coûts de fabrication. S’il y a une augmentation trop importante, la facture sera refilée aux consommateurs. Le prix des aliments va créer un assainissement dans le marché et les produits à valeur ajoutée seront graduellement abandonnés au profit des produits de masse.

Qui sont les frères Bergeron ?

En ce qui me concerne, je m’occupe de la mise en marché et de la distribution. Je suis un agronome de formation et j’ai complété mes études en agroéconomie à l’Université Laval. Cependant, j’avais le goût de fonder la fromagerie. J’ai grandi là-dedans. En plus, notre père nous a présenté la fabrication du fromage comme étant facile et agréable.

Concernant mon frère Mario, il s’occupe du développement, de l’expansion et de la création des recettes. Il est diplômé de l’ITA tout comme mon frère Roger qui, lui, est le directeur général de l’entreprise. Roger, contrairement à Mario et moi, a commencé dans le métier en travaillant pour nous à l’usine avant de décider d’aller chercher son diplôme à L’ITA.  Par ailleurs, notre père nous a grandement supporté dans le démarrage de notre entreprise.

Une entreprise en expansion

Le chiffre d’affaires annuel de la Fromagerie Bergeron dépasse aujourd’hui les 20 millions de dollars et connaît une croissance constante de cinq à six pourcent depuis plusieurs années. L’entreprise, qui emploie près de 180 personnes, produit environ 2 000 tonnes de fromage annuellement. La plus grosse part de la production revient au Gouda et au Brin de Gouda. De plus, un autre fromage est en train de se tailler une place sur le marché, soit le Fin Renard.

Dans la catégorie : PERSONNALITÉS D'AFFAIRES

Espace Membre