Monsieur Jocelyn Giguère, président et directeur général d’Agribio Inc. – Giguère Produits de viande Inc.Informe Affaires: M. Giguère, ce n’est pas d’hier que vous pratiquez votre métier?

Jocelyn Giguère: Non, j’ai commencé à l’âge de cinq ans. À cette époque, nous avions seulement des demi-journées à la maternelle, alors je passais l’autre moitié de la journée à l’abattoir. J’habitais sur une ferme et mon père avait un abattoir. Les gens de la région amenaient leur volaille vivante et repartaient avec leurs poulets emballés, c’était de l’abattage à forfait et c’est ce que nous avons fait jusqu’en 1991, année où nous avons construit notre abattoir industriel.

IA: Qu’est-ce qui vous passionne tant dans ce secteur généralement peu convoité?

JG: C’est effectivement un métier assez marginal. Je suis un boucher-charcutier de métier et j’ai toujours été passionné par la viande et les mille et une façons de l’apprêter. Présentement, nous abattons aussi du canard gavé pour le foie gras et du poulet de Cornouailles, c’est du raffinement, ça va plus loin que simplement abattre des animaux.

IA: Seriez-vous capable d’être végétarien?

JG: Sûrement, c’est moi qui fais l’épicerie à la maison et j’intègre souvent du tofu au menu, mais le plus souvent, nous mangeons du poisson, du poulet et quelquefois du boeuf.

IA: La gestion de votre entreprise doit être trop prenante pour vous permettre de retourner travailler sur le plancher à l’occasion?

JG: Je retourne sur le plancher au moins une journée complète dans l’année. C’est qu’à l’interne, nous organisons un concours qui permet à un employé de gagner une journée de congé payé et c’est moi qui remplace cette personne à son poste. J’accorde beaucoup d’importance à la gestion des ressources humaines, même si je n’ai que 50 employés, j’ai une personne spécialement dédiée aux ressources humaines. Toutefois, il est vrai que je suis très pris par l’administration d’Agri-Bio et de Giguère Produits De Viande qui, mis ensemble, représentent un chiffre d’affaires de 15 millions de dollars. Chez Giguère Produits De Viande, on se charge de l’achat et de la distribution de la volaille alors que chez Agri-Bio, on s’occupe d’abattre et de préparer la viande. C’est en 1995, alors que l’abattoir connaissait des débuts très difficiles, que j’ai eu l’idée de lancer Giguère Produits De Viande. Au début, j’achetais 100 poulets par semaine. Grâce aux bénéfices, j’ai augmenté graduellement le nombre à 200, puis à 300 pour en arriver aujourd’hui à transiger envi on 40 000 poulets par semaine!

IA: Que diriez-vous aux gens qui sont contre l’élevage de poulet et qui croient que les animaux sont maltraités?

JG: Je crois qu’ils devraient visiter les abattoirs et les élevages. Les poulets sont élevés en liberté sur de grands parquets, pas dans des cages. Ils ont accès à de l’eau fraîche et à de la moulée quand ils le veulent. Saviez-vous qu’il n’y a que les humains qui ont le droit de mourir en souffrant? En effet, nous sommes régis par l’Agence canadienne d’inspection, ce qui fait que nous devons insensibiliser tous les animaux à l’aide d’un petit choc électrique avant de les tuer. Un inspecteur et un vétérinaire de l’Agence canadienne d’inspection sont présents du début à la fin des opérations d’abattage. En plus, chez nous, nous abattons les poulets manuellement plutôt qu’avec des machines afin d’éviter de blesser les animaux et parce-que nous abattons différentes grosseurs de volailles. Les résultats finaux sont aussi plus intéressants puisque 90% de nos poulets sont coté A, versus 75% pour les abattoirs mécanisés.

IA: Croyez-vous que la vague verte peut être profitable à votre entreprise puisque le poulet est une viande plus écologique que le boeuf?

JG: Oui, car pour obtenir un kilo de poulet, il faut trois kilos de moulée, alors que pour produire un kilo de boeuf, il faut 10 kilos de moulée. La production et le transport de cette moulée sont des facteurs de pollution importants. La production de poulet est d’ailleurs en augmentation. Il y a quatre ans, la consommation de poulets a dépassé celle du boeuf au Canada. Présentement, chaque canadien mange environ 30 kilos de poulet par année, c’est peu si on compare avec les Asiatiques qui en mange près de 90 kilos. La consommation de poulet au Canada augmente d’une part, parceque la population augmente, mais aussi parce-que les immigrants sont souvent de grands consommateurs de poulets.

IA: La grippe A-H1N1 est plutôt associée au porc mais est-ce qu’un retour de la grippe aviaire serait catastrophique pour l’industrie de la volaille?

JG: Je fais partie de l’Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles (EQCMA) et je peux vous affirmer que l’industrie est archi-blindée au Canada. Si jamais une crise de l’ordre de la grippe aviaire devait survenir, nous, les industriels, sommes prêts à éradiquer des troupeaux avant que le gouvernement n’agisse. Des millions de dollars ont été mis de côté à cette fin.

IA: Avez-vous des projets de croissance?

JG: Oui, en 2010, nous projetons des agrandissements d’une valeur de 1,5 millions de dollars. Nous projetons d’améliorer la chambre froide, la chambre de refroidissement ainsi que la cadence en découpe. Il y a de moins en moins de bouchers dans les épiceries ce qui fait que les découpes doivent être faites en usine. Les horaires plus avantageux qu’en épicerie facilite l’embauche. Nous désirons donc produire plus de produits pré-emballés pour les chaînes d’épiceries.

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